À l’heure où le Festival Lumière lui rend hommage et où Peking Opera Blues arrive dans les salles françaises en version restaurée 4K, retour sur une rencontre exceptionnelle au Far East Film Festival d’Udine en 2025. Dix-neuf ans après notre précédent entretien, Tsui Hark nous parlait de Legend of the Condor Heroes: The Gallants, de Tony Leung Ka-fai et de ce qui continue à nourrir son cinéma. Sa masterclass prolongeait cette conversation, entre souvenirs, humour et foi dans la création.
Par Frédéric Ambroisine — CinéFlamme
De Cannes à Udine : retrouver Tsui Hark, vingt et un ans après
Il y a des rencontres qui marquent un parcours de journaliste autant qu’une vie de cinéphile. Ma première conversation avec Tsui Hark remonte au Festival de Cannes 2004. Il avait alors accepté de répondre à mes questions sur l’Entertainment Expo Hong Kong, dont la première édition devait se tenir l’année suivante. L’échange concernait avant tout l’industrie : la manière dont Hong Kong pouvait faire connaître, réunir et défendre ses forces créatives.
En 2006, un nouvel entretien, réalisé pour Pathé à l’occasion de sorties françaises en DVD, m’avait permis de l’interroger sur son travail de producteur, autour de quatre films : The Wicked City, Spy Games, The Magic Crane, avec Anita Mui, et The Raid, avec Tony Leung Ka-fai. Ce dernier était bien le film hongkongais de 1991, sans rapport avec celui de Gareth Evans. Cette conversation révélait un autre versant essentiel de son œuvre : son rôle dans les films des autres, son goût pour les projets singuliers et sa capacité à donner une impulsion à toute une industrie.
Dix-neuf ans plus tard, au printemps 2025, le Far East Film Festival d’Udine offrait à CinéFlamme l’occasion de retrouver le cinéaste. Vingt et un ans avaient passé depuis Cannes. Entre-temps, son cinéma avait changé de dimensions, exploré de nouveaux outils et investi les grandes productions de Chine continentale. Mais l’homme que je retrouvais continuait à parler de personnages, de récits et du plaisir de travailler avec des acteurs.
Sa présence à la 27e édition du FEFF constituait un événement majeur. Tsui Hark y recevait le Golden Mulberry Award for Lifetime Achievement, remis le 30 avril par Tony Leung Ka-fai, son complice de longue date et l’un des interprètes de son nouveau film, Legend of the Condor Heroes: The Gallants. Sylvia Chang était également honorée au cours de cette édition. Le festival réunissait ainsi plusieurs figures liées à une œuvre dont il présentait aussi Shanghai Blues et Green Snake.
Pour qui aime le cinéma hongkongais, voir ces artistes réunis en Italie avait quelque chose d’irréel. Tsui Hark le ressentait lui aussi.
« Je me rends compte que j’aurais dû venir depuis longtemps »
Lorsque je lui demande ce que représente cet hommage, reçu dans un festival qui célèbre également Sylvia Chang, Tsui Hark revient d’abord à Shanghai Blues. Le film date de 1984 : plus de quarante ans séparent donc son tournage de ces retrouvailles italiennes.
« Pour moi, tout cela est merveilleux, et aussi très magique. Il y a quarante ans, nous étions ensemble pour faire un film. […] Nous n’aurions jamais pu imaginer une telle chose à l’époque. Et pourtant, cela arrive. »
Tsui Hark, entretien avec Frédéric Ambroisine à Udine, 2025.
Il avait entendu beaucoup de bien du FEFF par ses collègues et ses amis, mais n’en avait encore jamais fait l’expérience personnellement. Il décrit alors avec franchise sa difficulté à se sentir à l’aise au milieu d’activités très nombreuses, avant de souligner la particularité de l’accueil udinois :
« Je me rends compte que j’aurais dû venir depuis longtemps. […] Ici, c’est différent. J’apprécie vraiment chaque instant que je passe ici. »

Ce plaisir se retrouvait lors de sa masterclass, organisée le 2 mai à la suite de la projection de Shanghai Blues, dans la grande salle comble du Teatro Nuovo Giovanni da Udine. Le programme annonçait Fred Tsui et Tim Youngs à la modération. Fred Tsui, que je connais depuis le début des années 2000, apportait à la conversation sa connaissance des films et des réalités de leur fabrication et de leur circulation.
Longtemps responsable des ventes internationales et des coproductions chez Media Asia, puis fondateur de Moebius Entertainment, Fred Tsui a depuis pris une nouvelle responsabilité : celle de directeur exécutif de la Hong Kong International Film Festival Society, avec une prise de fonctions le 23 septembre 2026. Ce parcours prolonge un travail de plusieurs décennies au service du cinéma asiatique et de son rayonnement international.
Au début de la masterclass, Tsui Hark rappelait aussi, avec affection, la contribution de Fred Tsui aux sous-titres de ses films et sa capacité à passer d’un anglais familier à un registre beaucoup plus littéraire. Une manière de saluer un travail souvent invisible, mais essentiel lorsqu’un cinéma voyage.
Une Nouvelle Vague qui devait aussi apprendre à survivre
Il serait facile de raconter Tsui Hark comme une succession de révolutions visuelles. Son témoignage invite à y ajouter une histoire d’apprentissage, de contraintes et de rencontres.
Pendant la masterclass, interrogé sur la Nouvelle Vague hongkongaise dont il devient l’une des figures majeures à la fin des années 1970, il se montre peu disposé à transformer ses débuts en manifeste. Il se souvient de jeunes réalisateurs amis, issus de la télévision, soudain désignés comme un sang neuf pour le cinéma. Mais une conscience collective, une doctrine commune ? Il relativise cette lecture :
« Nous n’avions pas de théorie ni de philosophie commune. »
Masterclass d’Udine, 2025.
Et il rappelle aussitôt une nécessité moins romantique : apprendre rapidement à trouver sa place dans le marché. La liberté formelle de ses premiers longs métrages — The Butterfly Murders (1979), Histoires de cannibales (1980), L’Enfer des armes (1980) — naît aussi dans ce rapport conflictuel à un cinéma populaire qu’il veut bousculer tout en parvenant à y travailler.
Ce mélange demeure l’une des forces de son œuvre. Chez Tsui Hark, l’expérimentation n’est jamais réservée à un public initié. Elle surgit au cœur du suspense, de la comédie, du fantastique ou du combat. Un changement de ton, un cadre qui désoriente, une accélération du montage peuvent modifier notre perception d’une scène au moment même où celle-ci nous emporte.
Son cinéma procure le plaisir immédiat du spectacle, mais garde la possibilité de surprendre le spectateur, de déranger ses attentes et de déplacer les règles du genre.

© Frédéric Ambroisine / CinéFlamme.
Film Workshop et Shanghai Blues : inventer pour ne pas se répéter

L’un des souvenirs les plus étonnants de la masterclass concerne 1984, l’année où Tsui Hark et Nansun Shi fondent Film Workshop. Le cinéaste raconte qu’il envisageait alors de cesser de réaliser. Il avait le sentiment de retrouver des histoires et des constructions de personnages trop semblables.
« 1984, c’est l’année où j’ai décidé de prendre ma retraite. »
Masterclass d’Udine, 2025.
La formule fait sourire au regard des décennies de création qui allaient suivre. Elle exprime pourtant une inquiétude profonde : comment continuer à faire du cinéma sans reproduire ce que l’on sait déjà faire ?
Pour Shanghai Blues, il avait d’abord envisagé de confier la réalisation à Yonfan. Les investisseurs ne voulant financer le projet que s’il le mettait lui-même en scène, Tsui Hark reprend finalement cette fonction. Il rappelle néanmoins la contribution de Yonfan à la phase d’écriture.
Ce film lui permet d’explorer un territoire différent : une comédie romantique avec Sylvia Chang, Sally Yeh et Kenny Bee, où l’action ne constitue plus le moteur principal. Sous les quiproquos et les retrouvailles manquées, il veut aussi parler du départ, de l’attachement à une ville et de l’incertitude face à l’avenir.
À Udine, il replace cette intention dans le Hong Kong de 1984, treize ans avant la rétrocession de 1997. Rester ou partir ? Que deviendra la ville ? Ces questions traversaient les conversations et les existences. Située dans un autre lieu et une autre époque, la comédie pouvait en porter l’écho sans renoncer à son pouvoir de séduction.
Restaurer, mais aussi revisiter une œuvre
Le Shanghai Blues présenté à Udine ne relevait pas seulement de la remise en état d’un classique. Tsui Hark expliquait avoir également retravaillé certains éléments du montage et des dialogues. La nouvelle version faisait entendre des personnages dans des langues ou des dialectes différents, en fonction de leurs origines, notamment le shanghaïen pour celui de Sylvia Chang.
Ce choix redonnait une place à la géographie humaine du récit : appartenir à une ville, y arriver, en repartir. Pour lui, le passé restait un matériau vivant, susceptible d’être interrogé à nouveau.
Cette précision compte lorsque l’on découvre aujourd’hui ses films en versions restaurées. Restaurer et proposer une nouvelle version sont deux gestes distincts ; dans le cas évoqué par Tsui Hark, ils se rencontrent. Le cinéaste continuait à réfléchir à un film réalisé plus de quarante ans auparavant.

Nansun Shi, une présence essentielle
Parler de Film Workshop oblige à parler de Nansun Shi, sa cofondatrice. Sa disparition en juillet 2026, à l’âge de 75 ans, a profondément bouleversé les cinéphiles et les professionnels du cinéma hongkongais.
Productrice, interlocutrice internationale, femme de conviction et de dialogue, elle a joué un rôle déterminant dans la fabrication et la diffusion de nombreuses œuvres majeures. Son parcours embrasse notamment les univers d’Histoires de fantômes chinois, d’Il était une fois en Chine et d’Infernal Affairs. Elle savait accompagner une vision artistique et réunir les conditions concrètes qui lui permettraient d’exister et de rencontrer un public.
J’ai eu la chance de la rencontrer et de l’interviewer. À la compétence professionnelle exceptionnelle s’ajoutait une qualité humaine qui rendait ces échanges précieux. Elle incarnait une forme d’exigence ouverte aux autres : attentive, capable de comprendre un projet et de prendre au sérieux son interlocuteur.
L’hommage rendu aujourd’hui à Tsui Hark résonne aussi avec cette absence. La puissance d’invention d’un cinéaste ne se déploie pas seule. Film Workshop fut une aventure collective, et Nansun Shi en demeure une figure fondamentale. CinéFlamme tient à saluer sa mémoire, avec reconnaissance et affection.
King Hu, les romans de l’enfance et l’art de réinventer
Lors de la masterclass, Tsui Hark évoque les cinéastes qui l’ont formé comme spectateur. Le nom de King Hu surgit avec une admiration intacte. Ces maîtres du cinéma martial étaient, dit-il, des « dieux » à ses yeux.
Il présente son propre investissement dans le genre comme une réponse aux œuvres qui l’ont marqué. Cette idée éclaire son cinéma : le respect des prédécesseurs peut prendre la forme d’une transformation radicale. L’héritage nourrit une invention nouvelle, une autre vitesse, une autre manière de faire circuler les corps et les émotions.
De Zu, les guerriers de la montagne magique à The Blade, d’Il était une fois en Chine à Green Snake, son œuvre poursuit cette conversation avec les formes anciennes. Dans Green Snake, les figures légendaires deviennent les instruments d’une interrogation sensuelle et troublante sur le désir, les sentiments et les certitudes morales. Dans The Blade, la brutalité des combats et l’instabilité du regard semblent mettre le récit de sabre lui-même à l’épreuve.
Les romans de Jin Yong, également connu sous le nom de Louis Cha, appartiennent à une autre mémoire fondatrice. Tsui Hark explique avoir commencé à les lire vers douze ans, dans un environnement où tout le monde parlait de ces histoires. Revenir à La Légende des héros du condor revenait ainsi à retrouver des personnages qui l’accompagnaient depuis l’enfance.
Il reconnaît aussi que Jin Yong n’approuvait pas toujours les libertés qu’il prenait avec ses récits. Mais l’écrivain, dont il souligne la générosité, lui avait néanmoins permis de continuer à les adapter. Pour Tsui Hark, des personnages connus pendant des décennies finissent par vivre dans l’imagination de chacun. Son cinéma donne forme à cette relation personnelle.
Legend of the Condor Heroes : ce qui fait un héros

C’est précisément sur cette adaptation que portait le cœur de mon entretien à Udine. Pourquoi choisir les chapitres 34 à 40 du roman, plutôt que de tenter d’en embrasser l’ensemble ?
Tsui Hark explique que cette partie lui paraît avoir été souvent abordée trop rapidement dans les adaptations précédentes. Elle réunit pourtant des événements spectaculaires et des confrontations entre cultures, tout en faisant apparaître avec force le thème central de l’œuvre : la nature du héros.
« Le thème du roman apparaît vraiment à ce moment-là, dans le climax : on y parle de la nature des héros, des guerriers. »
Entretien personnel, Udine, 2025.
Il oppose ainsi, dans son commentaire, l’abondance d’action des adaptations à la possibilité de mieux faire ressortir leur matière thématique. Ce qui l’intéresse tient à la manière dont les affrontements engagent des valeurs, des choix et une responsabilité.
Le parcours de Guo Jing, incarné par Xiao Zhan, donne à cette interrogation son centre. Comment définir la grandeur d’un combattant lorsqu’il se trouve pris entre des appartenances, des fidélités et des forces qui le dépassent ? La puissance martiale ne suffit plus : il faut décider de ce que l’on en fait.
La masterclass prolongeait directement cette réflexion. Tsui Hark y insistait sur la paix, alors que le cinéma martial revient si souvent à la vengeance ou au désir de devenir le meilleur combattant. Il associait cette intention au chaos du monde contemporain :
« Partout, les gens se battent. J’espère que la paix viendra bientôt, pour que nous puissions mieux profiter de nos vies. »
Masterclass d’Udine, 2025.
Cette déclaration donne un éclairage essentiel à l’ampleur du film. Le spectacle des armées et des forces surnaturelles porte une question morale : comment mettre la puissance au service d’autre chose que la conquête ?

© Frédéric Ambroisine / CinéFlamme.
Tony Leung Ka-fai, le plaisir de transformer un acteur
Face à Guo Jing, Ouyang Feng, surnommé le Venin de l’Ouest, est interprété par Tony Leung Ka-fai. Dans notre entretien, Tsui Hark le décrit comme un pôle opposé au protagoniste, situé à l’autre extrémité des valeurs et de la morale du récit.
Il veut aussi rendre ce personnage divertissant, parfois drôle, tout en l’entraînant vers une folie qui lui donne une dimension satirique. Cette alliance de menace, d’extravagance et d’humour trouve chez Tony Leung Ka-fai un interprète particulièrement souple.
« Il m’offre énormément de possibilités. »
Entretien personnel, Udine, 2025.
Tsui Hark revient alors à La Bataille de la montagne du tigre, où leur collaboration avait déjà donné lieu à une transformation spectaculaire. Il insiste sur la confiance de l’acteur, qui accepte de voir son apparence profondément modifiée. L’amitié facilite cette liberté, et le cinéaste exprime le plaisir très concret de travailler avec un interprète aussi disponible.
Ces propos rejoignent notre entretien avec Tony Leung Ka-fai publié sur CinéFlamme, consacré notamment à cette relation artistique. Que l’acteur remette au cinéaste son prix à Udine donnait à la cérémonie une dimension supplémentaire : un collaborateur saluait l’homme avec lequel il avait construit tant de personnages.
De Hong Kong aux grandes productions chinoises : une imagination qui change d’échelle

Au fil de sa carrière, Tsui Hark a travaillé dans plusieurs environnements de production. Son passage par les films américains, avec Double Team et Piège à Hong Kong, occupe dans la masterclass une place révélatrice.
Il en retient l’ouverture à des professionnels venus de différents pays, la spécialisation des équipes et un rythme de travail différent de celui auquel il était habitué à Hong Kong. Il évoque aussi les difficultés rencontrées lorsqu’il a tenté de faire coexister des systèmes de production différents. Cette expérience lui a permis de mieux comprendre la manière dont il souhaitait travailler et les univers auxquels il voulait revenir.
Il conserve pourtant une curiosité pour les collaborations au-delà de son environnement habituel :
« Un cinéaste ne devrait pas être limité à un seul endroit. Il appartient au monde, parce qu’il partage des sentiments avec des gens de partout. »
Masterclass d’Udine, 2025.
Ses grandes productions de Chine continentale prolongent cette capacité à chercher de nouveaux moyens. Les Détective Dee, La Bataille de la montagne du tigre et Legend of the Condor Heroes: The Gallants témoignent d’un changement d’échelle, avec des espaces plus vastes, des effets numériques et, pour certains projets, une exploration poussée de la 3D.
La continuité artistique tient à sa manière d’utiliser ces possibilités pour recomposer le spectacle. Le cadre devient un terrain de circulation, la perspective un instrument dramatique, l’action une manière de confronter les personnages au monde qui les entoure. L’ambition technique conserve son lien avec les imaginaires qui l’ont formé.
À propos de La Bataille de la montagne du tigre, il racontait ainsi avoir projeté les adaptations antérieures de cette histoire lorsqu’il travaillait dans le Chinatown de New York. À force de les voir, il avait commencé à imaginer une autre version. Pour Il était une fois en Chine, il évoquait son désir de redonner vie, pour une nouvelle génération, au héros admiré enfant.
Voilà ce qui relie les différentes périodes de son œuvre : un souvenir de spectateur devient une question de mise en scène. Les moyens changent, l’envie de réinventer demeure.
Festival Lumière 2026 : quatre films et une rencontre avec Tsui Hark
Cette œuvre se découvrira ou se retrouvera sur grand écran au Festival Lumière, du 10 au 18 octobre 2026 à Lyon. L’invitation à Tsui Hark comprend quatre films :
| Film | Année | Séances annoncées |
| Shanghai Blues | 1984 | 12 octobre, 11 h, Lumière Terreaux ; 13 octobre, 11 h 15, Pathé Bellecour. |
| Peking Opera Blues | 1986 | 10 octobre, 19 h 15, Institut Lumière, Hangar du Premier-Film ; 11 octobre, 15 h, Comœdia ; 12 octobre, 14 h 30, UGC Astoria. |
| Il était une fois en Chine | 1991 | 11 octobre, 20 h, Hangar du Premier-Film ; 12 octobre, 20 h, Pathé Bellecour ; 16 octobre, 17 h 45, UGC Ciné Cité Confluence ; 18 octobre, 17 h, Pathé Bellecour. |
| Time and Tide | 2000 | 11 octobre, 19 h, et 16 octobre, 21 h 45, UGC Ciné Cité Confluence ; 17 octobre, 21 h et 21 h 15, Villa Lumière. |
Le festival annonce également une rencontre avec Tsui Hark le dimanche 11 octobre à 11 h au Pathé Bellecour, sous l’intitulé officiel « Conversation ». Ce rendez-vous prolongera pour le public lyonnais l’expérience de la masterclass udinoise. Les horaires et les informations de réservation sont à consulter sur le site du Festival Lumière.
Peking Opera Blues : une sortie française en version restaurée 4K

Autre rendez-vous majeur : Peking Opera Blues, également connu sous le titre Pékin Opéra Blues, sortira dans les salles françaises le 21 octobre 2026, distribué par Metropolitan FilmExport, en version restaurée 4K.
La restauration portée par Shout! Studios, anciennement Shout! Factory, a été réalisée à partir des négatifs originaux. Cette nouvelle circulation permettra de retrouver un sommet de son cinéma : une aventure où Brigitte Lin, Cherie Chung et Sally Yeh occupent le centre d’un tourbillon mêlant comédie, action, théâtre et intrigue politique.
À Udine, interrogé sur la force de ses personnages féminins, Tsui Hark répondait avec humour en vantant le talent des actrices. La plaisanterie ne doit pas faire oublier ce que ses films leur donnent à jouer : des désirs, des initiatives, des contradictions et une capacité à déplacer le récit. Peking Opera Blues en offre l’une des expressions les plus éclatantes.
La passion comme avenir du cinéma
Lorsque la masterclass aborde l’avenir du cinéma, Tsui Hark revient à ce qui rend la création nécessaire : la passion et le partage des émotions.
« Toute forme de créativité naît de la passion et des sentiments que les gens partagent entre eux. »
Masterclass d’Udine, 2025.
Tant que ce besoin de communiquer subsiste, explique-t-il, la création et le cinéma peuvent continuer à vivre. La conviction est d’autant plus forte qu’il ne minimise pas les difficultés du métier. Il parle d’efforts, de survie, de la nécessité de croire à ce que l’on fait pour parvenir à le réaliser.
Retrouver Tsui Hark à Udine permettait de mesurer cette fidélité. Depuis notre première conversation sur l’industrie hongkongaise à Cannes en 2004, ses films ont traversé de nouveaux marchés, de nouveaux outils et de nouveaux paysages. Son désir de cinéma continue à trouver son énergie dans une histoire à raconter, un acteur à transformer, une émotion à transmettre.
C’est aussi pour cela qu’il demeure l’un des plus grands cinéastes du cinéma hongkongais et chinois, et une figure majeure du cinéma mondial. Ses classiques vivent à nouveau sur les écrans ; ses films récents poursuivent l’aventure. À Lyon comme dans les salles françaises, les prochains rendez-vous offrent l’occasion de retrouver cette imagination en mouvement.
Remerciements chaleureux à Sabrina Baracetti, Thomas Bertacche et à toute l’équipe du Far East Film Festival pour leur invitation, leur accueil et l’organisation de cette rencontre. Udine demeure, à mes yeux, l’un des plus beaux lieux de découverte et de partage du cinéma asiatique. Merci également à Tsui Hark pour sa disponibilité et sa générosité.
Entretien réalisé par Frédéric Ambroisine au Far East Film Festival d’Udine en 2025. Les propos issus de cet entretien et ceux de la masterclass publique sont identifiés séparément. Citations traduites de l’anglais ; hésitations et répétitions orales allégées.

