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Projet Whapung : faire renaître en 4K des films coréens oubliés des années 1970 et 1980

par Frédéric Ambroisine | 1 Sep 2026 | Actualités, Dossiers, Événements

Fin 2022, j’ai commencé à discuter d’un projet assez ambitieux avec le légendaire cinéaste coréen Chung Chang-wha, mondialement connu pour avoir réalisé La Main de fer / King Boxer (1972) : faire renaître un ensemble de films qu’il avait produits en Corée du Sud entre 1979 et 1985.

Quatre ans plus tard, ce projet au long cours commence enfin à prendre forme.

Au total, treize films coréens sont concernés, dont beaucoup sont restés pratiquement invisibles hors de Corée du Sud pendant plusieurs décennies. Les éléments argentiques originaux encore existants ont été préservés par la Korean Film Archive (KOFA), et plusieurs de ces films font aujourd’hui l’objet d’un travail de restauration à partir d’éléments originaux numérisés en 4K.

Pour moi, il s’agit d’un projet particulièrement important en matière de patrimoine cinématographique. Il s’inscrit dans la continuité du travail entrepris autour de la restauration et de la redécouverte internationale de The Black Magic with Buddha (1983) de Lo Lieh.

Une nouvelle fois, je travaille avec la confiance et le soutien de Karmax-910, tout en collaborant étroitement avec la Korean Film Archive et nos différents partenaires en Corée du Sud.

Une relation avec Chung Chang-wha qui remonte à plus de vingt ans

Mon histoire avec Chung Chang-wha a commencé bien avant ce projet.

Je l’ai rencontré et interviewé pour la première fois en 2003, alors que je préparais un documentaire consacré à sa carrière pour l’édition DVD française de King Boxer chez Wild Side.

Nous sommes restés en contact au fil des années et, près de deux décennies plus tard, nos conversations nous ont progressivement conduits à nous intéresser à une autre partie, beaucoup moins connue internationalement, de sa carrière : son travail de producteur.

Les films concernés appartiennent à une période particulièrement fascinante de l’histoire du cinéma coréen. Produits entre la fin des années 1970 et le milieu des années 1980, ils ont vu le jour dans un contexte industriel radicalement différent de celui du cinéma sud-coréen tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Si certaines coproductions coréennes de cette époque ont pu circuler à l’étranger, la majorité de ces titres n’a connu qu’une diffusion internationale extrêmement limitée. Certains sont ainsi demeurés pratiquement inaccessibles au public hors de Corée pendant plusieurs décennies.

Les redécouvrir aujourd’hui ne consiste donc pas simplement à remettre en circulation de « vieux films ».

Il s’agit aussi d’ouvrir une fenêtre sur un pan largement méconnu de l’histoire du cinéma coréen.

Treize films et des genres très différents

L’un des aspects qui rendent le catalogue Whapung particulièrement intéressant réside dans sa diversité.

Il ne s’agit absolument pas d’une collection consacrée à un seul genre.

Ces treize films naviguent entre mélodrame, action, comédie, arts martiaux et cinéma populaire coréen, avec parfois des mélanges particulièrement inattendus — jusqu’à une véritable parodie de film de kung-fu.

Pris dans leur ensemble, ils permettent de découvrir une partie de la diversité du cinéma commercial produit en Corée du Sud durant cette période, à travers des films, des acteurs et des cinéastes qui restent aujourd’hui encore largement inconnus du public international.

C’est précisément ce qui rend cette aventure aussi passionnante à mes yeux : malgré tout ce qui a déjà été écrit, restauré et redécouvert, il reste encore des films, des histoires et des pans entiers du cinéma asiatique à exhumer.

Restaurer les films pour leur offrir une seconde vie

Le premier grand défi du projet est évidemment celui de la préservation.

Grâce à notre collaboration étroite avec la Korean Film Archive, qui conserve les éléments originaux encore existants, nous avons pu localiser et accéder à des matériaux permettant aujourd’hui d’entreprendre de nouvelles restaurations.

Les films actuellement en cours de restauration sont reconstruits à partir d’éléments argentiques originaux scannés en 4K, avec pour objectif de créer de nouveaux masters capables d’offrir à ces œuvres une véritable seconde vie.

Mais restaurer les films ne constitue qu’une partie du projet.

L’objectif final est de pouvoir enfin les faire découvrir largement hors de Corée du Sud.

Avec la confiance et le soutien de Karmax-910, je travaille également sur leur exploitation internationale, avec l’espoir de pouvoir présenter les versions restaurées dans des festivals de cinéma à travers le monde et de trouver des partenaires de distribution dans différents territoires.

Il reste encore énormément de travail.

Mais après plusieurs années passées à rechercher les éléments disponibles, documenter les films et coordonner le projet avec nos partenaires sud-coréens, voir aujourd’hui les premières restaurations prendre réellement forme procure forcément une satisfaction particulière.

Un projet que CinéFlamme suivra dans la durée

J’avais initialement créé une page Facebook consacrée aux productions Whapung, sur laquelle j’ai déjà partagé des informations, photographies et différents documents autour de certains de ces films.

Désormais, CinéFlamme suivra également le projet dans la durée.

Nous y reviendrons régulièrement pour présenter les différents films, montrer certains éléments retrouvés, raconter les différentes étapes des restaurations et, bien entendu, annoncer les projections et futures éditions lorsqu’elles se concrétiseront.

Les lecteurs anglophones pourront également retrouver le projet sur CineMagma.

Car derrière les aspects techniques d’une restauration se cache aussi tout un travail de recherche : retrouver l’histoire d’un film, comprendre son contexte de production, identifier ses différents éléments, parfois comparer plusieurs versions, et finalement essayer de restituer une œuvre dans les meilleures conditions possibles.

Le début d’une longue redécouverte

Je tiens surtout à remercier chaleureusement Chung Chang-wha pour la confiance qu’il m’accorde autour de films qui constituent une partie importante — et encore trop méconnue — de sa carrière de producteur.

Merci également à Karmax-910, à la Korean Film Archive, ainsi qu’à toutes les personnes qui, en Corée du Sud, nous accompagnent et rendent possible ce projet assez inhabituel.

Après être restés largement invisibles à l’échelle internationale pendant plus de quarante ans, ces films méritent aujourd’hui d’avoir une nouvelle chance d’être vus.

Et j’espère surtout que tout cela ne constitue que le début.