Bonjour – नमस्ते – السلام علیکم – হ্যালো – வணக்கம் – ආයුබෝවන් – नमस्कार – སྐུ༌གཟུགས༌བཟང༌པོ…
C’est par cette succession de salutations que Desi Kino accueille les visiteurs de son site. Hindi, ourdou, bengali, tamoul, cinghalais, népalais, dzongkha… Une manière simple de rappeler l’extraordinaire diversité linguistique et culturelle d’un territoire cinématographique que l’on réduit encore trop souvent, en France, au seul « cinéma indien » — voire au seul Bollywood.
Car Desi Kino voit beaucoup plus large.
Fondé par Adeela Shaikh, Netane Gokul et Asmae Benmansour-Ammour, cette dernière étant également à l’origine du média Bolly&Co Magazine, le ciné-club s’est donné pour mission d’explorer les cinémas d’Asie du Sud — Inde, Pakistan, Bangladesh, Sri Lanka, Népal, Bhoutan et Maldives — mais aussi ceux de leurs diasporas.
Le principe est désormais bien établi : chaque dernier jeudi du mois à 20h30, rendez-vous au Cinéma Le Brady, 39 boulevard de Strasbourg dans le 10e arrondissement de Paris, pour une projection accompagnée d’une rencontre et d’une discussion.
Mais au-delà de la régularité du rendez-vous, c’est surtout sa ligne éditoriale qui fait tout son intérêt.

Desi Kino peut aussi bien défendre un film indépendant contemporain qu’une œuvre patrimoniale restaurée, une production bengalie, malayalam ou gujaratie qu’un grand spectacle populaire hindi. Pas question d’opposer mécaniquement cinéma d’auteur et cinéma commercial : le but est au contraire de montrer les multiples visages d’un immense espace cinématographique dont seule une infime partie parvient régulièrement sur les écrans français.
Et lorsque des films ont déjà bénéficié d’une distribution en France, le ciné-club leur offre aussi une nouvelle vie : une séance événement, un contexte, un invité, un échange avec le public. À l’inverse, Desi Kino entend également dénicher des perles encore inédites en salles françaises.
La septième séance, qui ouvrira la deuxième saison le 24 septembre 2026, en sera précisément un nouvel exemple.
Six films, six portes d’entrée vers les cinémas d’Asie du Sud
L’aventure commence le 29 janvier 2026 avec un choix qui prend aujourd’hui une saveur particulière : Last Film Show (Chhello Show) alias La Dernière Séance de Pan Nalin.
À cette date, le film a déjà connu une longue carrière internationale, représenté l’Inde dans la course à l’Oscar du meilleur film international et rencontré le public de nombreux pays, mais il demeure sans distribution française.
Pour lancer Desi Kino, l’équipe ne fait pas les choses à moitié : Pan Nalin est présent au Brady, aux côtés du compositeur français Cyril Morin, son collaborateur de longue date. La rencontre réunit également Némésis Srour, docteure et autrice de Bollywood Film Traffic, venue apporter son regard sur l’histoire et la circulation des cinémas indiens.
Et pour cette première, la salle est pleine.
Cette soirée allait également être le point de départ d’une série de contenus que nous avons commencez à publier sur CinéFlamme : nous avons filmé la rencontre publique et avons pu nous entretenir longuement, en marge de la projection, avec Pan Nalin.


Saawariya : réhabiliter aussi les films mal-aimés
Le 26 février, Desi Kino change complètement de registre avec Saawariya (2007) de Sanjay Leela Bhansali.
Avant Devdas, Bajirao Mastani, Padmaavat ou Gangubai Kathiawadi pour une partie du public français, le nom de Bhansali évoquait déjà ce goût pour les décors démesurés, les couleurs travaillées jusqu’à l’abstraction et un romantisme assumé jusqu’à l’excès.
Saawariya demeure pourtant l’un de ses films les plus mal-aimés.
C’est justement ce qui rend sa programmation intéressante : un ciné-club n’a pas seulement vocation à programmer des œuvres unanimement consacrées, mais aussi à revenir sur des films dont le temps peut modifier la perception.
La discussion est menée avec Clément Costa de Ciné Skope.
Le film avait déjà connu une exploitation française et dispose aujourd’hui de nouveau d’un distributeur pour la France, Park Circus étant enregistré auprès du CNC depuis février 2026.
Manthan : quand 500 000 fermiers produisent un film
Le 26 mars, changement d’époque et de cinéma avec Manthan de Shyam Benegal, l’un des grands représentants du cinéma parallèle indien.
Réalisé en 1976, le film est indissociable des circonstances extraordinaires de sa production : 500 000 fermiers du Gujarat contribuèrent chacun à hauteur de deux roupies pour permettre son financement.
Un demi-million de coproducteurs, en quelque sorte.
Le film raconte justement la création d’une coopérative laitière et les bouleversements sociaux qu’elle provoque dans un village où structures féodales, castes et intérêts économiques sont profondément enracinés.
Restauré par la Film Heritage Foundation à partir du négatif original, Manthan avait notamment fait son retour à Cannes Classics en 2024.
Pour accompagner la séance, Desi Kino invite Ophélie Wiel, critique et enseignante de cinéma, autrice notamment de Bollywood et les autres, voyage au cœur du cinéma indien.
Une projection qui résume parfaitement l’une des vocations du ciné-club : faire du patrimoine non pas quelque chose de figé, mais une matière à redécouvrir et à discuter collectivement.

Made in Bangladesh : sortir de l’Inde
Le 23 avril, Desi Kino rappelle que son nom ne signifie justement pas « ciné-club indien ».
Direction le Bangladesh avec Made in Bangladesh (2019) de Rubaiyat Hossain.
Le film suit Shimu, ouvrière dans une usine textile de Dhaka, qui tente d’organiser ses collègues en syndicat afin de lutter contre leurs conditions de travail.
La programmation, organisée à quelques jours de l’anniversaire de la catastrophe du Rana Plaza, prend naturellement une dimension sociale et politique. La rencontre est organisée avec Mathilde Pousséo, déléguée générale du Collectif Éthique sur l’Étiquette.
Made in Bangladesh n’était pas inédit en France : le film y était sorti en salles en décembre 2019.
Mais c’est précisément aussi la force d’un rendez-vous comme Desi Kino : remettre un film en circulation, plusieurs années après sa sortie, et permettre de le revoir dans une salle plutôt que de le laisser disparaître au fond d’un catalogue.


Bhaji on the Beach : l’Asie du Sud existe aussi dans ses diasporas
Le 28 mai, la programmation quitte géographiquement l’Asie pour mieux continuer à parler de ses cultures.
Bhaji on the Beach (1993) est le premier long métrage de Gurinder Chadha, qui réalisera quelques années plus tard Joue-la comme Beckham.
Cette comédie britannique suit un groupe de femmes d’origine sud-asiatique lors d’une excursion à Blackpool et aborde, derrière son apparente légèreté, les tensions entre générations, le poids des traditions, le racisme, les violences faites aux femmes et la difficulté de construire une identité entre plusieurs cultures.
Le film est accompagné par Pulandevii, artiste, conférencière et militante féministe.
Là encore, il s’agit d’une redécouverte : Bhaji on the Beach avait déjà bénéficié d’une distribution française à la fin des années 1990.
Mais le placer aujourd’hui au milieu de films venus du Gujarat, du Bangladesh ou du Bengale permet aussi de rappeler quelque chose d’essentiel : les cinémas d’Asie du Sud ne s’arrêtent pas aux frontières géographiques de l’Asie du Sud.
Le cinéma des diasporas fait pleinement partie de leur histoire.
Satyajit Ray pour refermer la première saison
Le 25 juin, Desi Kino clôt sa première saison avec l’un des noms les plus importants de toute l’histoire du cinéma indien : Satyajit Ray.
La Maison et le monde (Ghare Baire, 1984) adapte le roman de Rabindranath Tagore et observe, au début du XXe siècle, les tensions politiques, idéologiques et amoureuses qui traversent une Inde encore colonisée.
Présenté dans sa version restaurée — ressortie en France en janvier 2025 par Les Acacias — le film est accompagné d’une discussion avec la docteure Ada Lipman, enseignante des cinémas d’Asie du Sud à l’Inalco.
Une manière particulièrement élégante de conclure cette première programmation : après avoir commencé avec un enfant découvrant le cinéma dans le Gujarat contemporain, Desi Kino refermait sa première saison avec un maître du cinéma bengali et une œuvre dans laquelle histoire intime et histoire politique deviennent indissociables.
Six mois.
Six films.
Plusieurs langues, plusieurs pays, plusieurs générations de cinéastes.
Du cinéma populaire au cinéma parallèle, du patrimoine au contemporain, du Gujarat au Bangladesh en passant par la diaspora britannique.
La promesse de départ était tenue.

Saison 2 : The Great Indian Kitchen ouvre les portes le 24 septembre
Et l’expérience est donc renouvelée.
La deuxième saison de Desi Kino débutera le jeudi 24 septembre 2026 à 20h30, toujours au Brady, toujours selon le principe du rendez-vous mensuel organisé le dernier jeudi du mois.
Et cette fois, le film est connu : The Great Indian Kitchen de Jeo Baby.
Cette septième séance de Desi Kino sera donc également la première de la nouvelle saison. Le Brady l’annonce comme une projection inédite, suivie d’une discussion avec le docteur Hugo Ribadeau Dumas, géographe et cofondateur du festival Indie Talkies.
Sorti en 2021, ce film en langue malayalam se déroule au Kerala et suit une jeune femme qui, après son mariage, rejoint la maison de son époux et découvre progressivement le poids écrasant des tâches domestiques et des traditions qui lui sont imposées.
Avec Nimisha Sajayan et Suraj Venjaramoodu, The Great Indian Kitchen transforme un espace apparemment banal — une cuisine — en véritable champ de bataille autour de la place des femmes, du couple, de la religion, des normes sociales et du patriarcat. Le film n’a à ce jour pas connu de sortie commerciale dans les salles françaises.
Autrement dit : exactement le genre de film qu’un ciné-club comme Desi Kino peut permettre de découvrir autrement qu’au hasard d’une plateforme ou d’un festival.
Et peut-être, là encore, de faire circuler.
De Desi Kino aux salles françaises : le joli parcours de Last Film Show
Car l’histoire du premier film programmé par Desi Kino a connu entre-temps un épilogue assez réjouissant.
En janvier, lorsque Pan Nalin se tient devant les spectateurs du Brady, il le rappelle lui-même : son film est sorti dans de très nombreux pays, mais pas en France.
Six mois plus tard, la situation a changé.
Last Film Show est finalement sorti dans les salles françaises le 15 juillet 2026 sous le titre La Dernière Séance, distribué par Friday Entertainment.
Et en ce début septembre, il continue encore à être programmé dans plusieurs cinémas français.
Il serait évidemment abusif d’affirmer que sa projection par Desi Kino a provoqué cette sortie : rien ne permet d’établir un tel lien de causalité.
Mais le symbole est suffisamment beau pour être relevé.
En janvier, un jeune ciné-club parisien choisissait pour sa toute première séance un film qui n’avait toujours pas trouvé le chemin des écrans français.
En juillet, le film finissait précisément par y parvenir.
Et il était difficile d’imaginer une œuvre plus appropriée pour inaugurer un ciné-club.

Last Film Show : l’enfant, la pellicule et la lumière
La Dernière Séance raconte l’histoire de Samay, neuf ans, qui grandit dans la campagne du Gujarat au début des années 2010.
Sa découverte d’une salle obscure bouleverse sa vie.
Il se lie avec le projectionniste, découvre le 35 mm, le faisceau lumineux traversant la cabine, les photogrammes, les couleurs, puis le désir presque irrépressible de comprendre comment naissent les images — jusqu’à vouloir fabriquer son propre cinéma.
Le parallèle avec Cinema Paradiso vient naturellement à l’esprit.
Mais le film plonge aussi directement dans les souvenirs de Pan Nalin, qui a grandi dans cette région du Gujarat et dont l’enfance nourrit une grande partie du récit.
Et la rencontre organisée par Desi Kino a permis d’aller beaucoup plus loin que la simple présentation du film.
Pan Nalin y a parlé de la disparition des projectionnistes lors du passage au numérique, de la pellicule recyclée en objets du quotidien, de son refus de faire un film purement nostalgique sur le 35 mm, de la nourriture comme langage familial, du train, de la lumière, du casting des enfants et de ce territoire rarement montré dans le cinéma indien.
Le compositeur Cyril Morin a de son côté raconté leur longue collaboration et formulé une idée magnifique sur son métier : son rôle n’est pas de « faire exister sa musique », mais de faire exister le film.
Et Némésis Srour a replacé ce que montre Last Film Show dans une histoire plus vaste : celle de la circulation des copies dans un pays immense, du manque de salles et, plus inquiétant encore, de la disparition progressive d’une partie du patrimoine cinématographique indien faute de conservation suffisante.
Nous avons filmé cette rencontre.
Et nous avions également profité de la présence de Pan Nalin pour réaliser un entretien individuel avec lui pour CinéFlamme.
Nous pensions initialement en tirer un seul sujet.
C’était impossible.

Pan Nalin : de Last Film Show à Hong Kong
La première partie de notre entretien avec Pan Nalin reste entièrement consacrée à Last Film Show.
Le réalisateur y revient sur la véritable naissance du projet, sa part autobiographique, le choix du Gujarat, la recherche de ses jeunes interprètes, les difficultés de financement, sa campagne pour les Oscars et l’étonnante carrière internationale du film.
Mais à la fin de la conversation, une simple question sur Samsara a soudainement ouvert une autre porte.
Hong Kong.
Le lien existait pourtant dès son premier long métrage : Samsara avait notamment pour interprète Christy Chung, l’une des vedettes les plus populaires du cinéma hongkongais des années 1990.
Mais Pan Nalin s’est alors mis à raconter une histoire beaucoup plus vaste.
Il a vécu et travaillé par intermittence à Hong Kong, développé un projet de film d’arts martiaux, fréquenté Film Workshop, rencontré Tsui Hark et Nansun Shi, observé des tournages et discuté longuement avec celui qui reste l’un des plus grands metteurs en scène du cinéma d’action asiatique.
Et surtout, alors qu’il était déjà lui-même un réalisateur reconnu, Pan Nalin a volontairement participé à un workshop consacré au cinéma d’action dirigé par Tsui Hark.
Tout simplement parce qu’il voulait encore apprendre.
C’est notamment là qu’il découvre une idée que Tsui Hark résumait comme une forme d’« extension de l’action » : connaître ce que les générations précédentes ont inventé pour essayer d’aller encore plus loin.
Et au milieu de cette histoire surgit une anecdote assez improbable : un exercice autour de Catwoman, consistant à regarder une scène d’action existante et à se demander non pas comment la critiquer, mais comment la refaire en mieux.
Une histoire dans laquelle se croisent Pan Nalin, Tsui Hark, le cinéma hongkongais, les arts martiaux et un blockbuster hollywoodien mal-aimé.
Impossible de réduire cela à quelques paragraphes.
Desi Kino sur CinéFlamme : quatre articles pour une seule soirée
C’est finalement le problème — plutôt agréable — que nous a posé cette première séance de Desi Kino : il y avait beaucoup trop de matière pour tout faire tenir dans un seul article.
Cette présentation de Desi Kino et de sa première saison s’inscrit donc dans un ensemble de quatre articles nés de cette seule soirée au Brady.
Le premier est déjà en ligne sur CinéFlamme : consacré à Last Film Show / La Dernière Séance, il revient sur le film à travers les propos de Pan Nalin, Cyril Morin et Némésis Srour lors de la rencontre organisée après la projection. La vidéo intégrale de cet échange est également disponible dans l’article.
Deux autres textes suivront, tous deux consacrés à notre entretien exclusif avec Pan Nalin.
Dans la première partie, le cinéaste reviendra sur la genèse de Last Film Show, son enfance, la fabrication du film, son parcours vers les Oscars et l’incroyable carrière internationale qu’il poursuit aujourd’hui.
La seconde nous emmènera très loin du Gujarat, vers une facette beaucoup moins connue de son parcours : Hong Kong, Christy Chung, Nansun Shi, Film Workshop, Tsui Hark, mais aussi cet étonnant workshop autour du cinéma d’action et de Catwoman.
Quatre textes, donc, nés d’une seule première soirée.
Ce qui résume peut-être assez bien l’intérêt de Desi Kino : on vient voir un film, on en ressort avec beaucoup plus.
Prochain rendez-vous : jeudi 24 septembre 2026 à 20h30 au Brady, pour The Great Indian Kitchen de Jeo Baby.

