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Le Sabre des gardiens : Yuen Woo-ping toujours au sommet du cinéma d’arts martiaux

par Frédéric Ambroisine | 1 Sep 2026 | Dossiers, Événements, Festivals, Portraits

Il y a quelque chose de particulièrement réjouissant à voir un cinéaste de 80 ans revenir derrière la caméra et rappeler, en un peu plus de deux heures, pourquoi il reste l’un des plus grands maîtres du cinéma d’arts martiaux.

Avec Le Sabre des gardiens (Blades of the Guardians / Biao Ren: Feng Qi Damo), Yuen Woo-ping ne signe pas un petit film tardif destiné à célébrer une carrière déjà immense. Bien au contraire : il livre probablement l’un de ses films les plus ambitieux, les plus épiques et les plus gigantesques.

Yuen Woo-ping au sommet de son art, un peu comme peut l’être George Miller avec Mad Max: Fury Road et Furiosa. Deux vétérans qui n’ont absolument plus rien à prouver et qui semblent pourtant prendre un malin plaisir à rappeler aux générations suivantes ce que signifie mettre en scène du grand spectacle.

Et du spectacle, Le Sabre des gardiens en offre énormément.

Kui Zhi (Biky Liang) dans Le Sabre des gardiens.
Kui Zhi (Biky Liang) dans Le Sabre des gardiens. © 2026 Peace Film Production Co., Ltd. and Beijing Dengfeng International Culture Communication Co., Ltd. Tous droits réservés.

Le grand retour de Yuen Woo-ping

Pour une partie du public occidental, Yuen Woo-ping reste avant tout « le chorégraphe de Matrix ». Celui qui fut appelé à Hollywood pour concevoir les combats de la trilogie des Wachowski, après avoir notamment signé ceux de Tigre et Dragon d’Ang Lee, avant de travailler sur les deux Kill Bill de Quentin Tarantino.

Une carte de visite internationale suffisamment impressionnante pour remplir plusieurs carrières.

Mais bien avant Hollywood, Yuen Woo-ping était déjà l’un des artisans essentiels du cinéma d’arts martiaux hongkongais.

Fils du grand Simon Yuen Siu-tien, il fait ses armes dans l’industrie cinématographique locale, notamment sur des productions Shaw Brothers, avant de devenir chorégraphe puis réalisateur. Et lorsqu’il passe derrière la caméra à la fin des années 1970, il participe directement à la transformation du cinéma de kung-fu en offrant à un jeune Jackie Chan deux des films qui vont changer sa carrière : Snake in the Eagle's Shadow (Le Chinois se déchaine) et Drunken Master (Le Maître chinois).

Près d’un demi-siècle plus tard, le maître est toujours là.

Ces dernières années, on avait continué à retrouver régulièrement son nom comme chorégraphe ou directeur de l’action. Il avait également réalisé plusieurs longs métrages durant la seconde moitié des années 2010, puis participé au film collectif Septet: The Story of Hong Kong. Mais cela faisait plusieurs années que Yuen Woo-ping n'avait plus repris seul les commandes d'un long métrage d'une telle ampleur.

Et quel retour.

Quatre générations devant sa caméra

Le Sabre des gardiens est adapté du célèbre manhua de Xu Xianzhe et prend la forme d’une immense fresque martiale se déroulant sous la dynastie Sui.

Dao Ma, redoutable chasseur de primes incarné par Wu Jing, accepte d’escorter jusqu’à Chang’an un homme qui s’avère être le fugitif le plus recherché de l’Empire. Ce qui devait être une mission relativement simple se transforme évidemment en un périple où les adversaires, les alliances et les morceaux de bravoure vont se multiplier.

Mais nous reviendrons plus longuement sur le film lui-même après l’avoir revu, tant Le Sabre des gardiens mérite une analyse à part entière. Il y a notamment beaucoup à dire sur sa manière de renouer, par certains aspects, avec les grandes heures des productions d’arts martiaux de la Shaw Brothers, tout en embrassant les dimensions du blockbuster chinois contemporain.

Pour l’heure, attardons-nous simplement sur son incroyable distribution.

Dao Ma (Wu Jing) et Xiao Qi (Ju Qianlang) dans Le Sabre des gardiens
Dao Ma (Wu Jing) et Xiao Qi (Ju Qianlang) dans Le Sabre des gardiens.
© 2026 Peace Film Production Co., Ltd. and Beijing Dengfeng International Culture Communication Co., Ltd. Tous droits réservés.

Yuen Woo-ping réunit autour de Wu Jing plusieurs générations du cinéma d’arts martiaux et d’action chinois : Nicholas Tse, Yu Shi, Tony Leung Ka-fai, Zhang Jin, Kara Hui (Wai Ying-hung)… et même Jet Li.

La présence de ce dernier constitue à elle seule un petit événement puisqu’elle marque son retour au cinéma après plusieurs années d’absence.

Et réunir Jet Li et Wu Jing devant la caméra de Yuen Woo-ping n’a évidemment rien d’anodin.

En 1993, Yuen Woo-ping dirigeait Jet Li dans le formidable Tai Chi Master. Trois ans plus tard, il donnait à un jeune champion d’arts martiaux nommé Wu Jing son premier grand rôle au cinéma dans Tai Chi II (Tai Chi Boxer).

Trente ans plus tard, les deux hommes se retrouvent donc dans Le Sabre des gardiens, sous la direction de celui qui avait accompagné des moments déterminants de leurs carrières respectives.

Lorsque Jet Li et Wu Jing se retrouvent enfin face à face à l’écran, difficile pour l’amateur de cinéma martial de ne pas mesurer tout ce que cette rencontre représente. Derrière quelques minutes de cinéma se dessinent trois décennies d’histoire du genre.

Et Yuen Woo-ping est toujours là, au centre de tout cela.

Autre petit détail remarqué au générique du film : bien qu’il s’agisse d’une production chinoise associant également Hong Kong, les crédits prennent soin de distinguer certains artistes hongkongais des autres interprètes chinois. On peut ainsi voir apparaître, par exemple, Yuen Woo-ping et Nicholas Tse accompagnés de la mention « HK-China ». Une précision assez singulière pour être relevée, sans nécessairement chercher à lui faire dire davantage que ce qu'elle indique : au sein d'une même production chinoise, le générique conserve ainsi une distinction quant à l'origine hongkongaise de certains de ses participants.

Da Lai (Winwin) dans Le Sabre des gardiens
Da Lai (Winwin) dans Le Sabre des gardiens. © 2026 Peace Film Production Co., Ltd. and Beijing Dengfeng International Culture Communication Co., Ltd. Tous droits réservés.

1 200 personnes et quelques têtes en moins

J’ai eu la chance de découvrir Le Sabre des gardiens dans des conditions assez idéales, lors de la clôture du Far East Film Festival d’Udine en avril dernier.

Yuen Woo-ping était présent. La gigantesque salle du Teatro Nuovo Giovanni da Udine était pleine : quelque 1 200 spectateurs répartis sur ses différents étages.

Et très rapidement, quelque chose s’est passé dans la salle.

La folie du film est devenue contagieuse.

À plusieurs reprises, certaines séquences d’action se sont achevées sous les applaudissements spontanés du public. Moi compris. Il faut dire que Yuen Woo-ping ne semble avoir aucune intention, à 81 ans, de devenir raisonnable.

L’un de ces moments restera d'ailleurs particulièrement mémorable : une séquence d’action furieuse s’achève par une décapitation et, immédiatement, la salle explose en applaudissements.

Être au milieu de 1 200 personnes en liesse applaudissant collectivement parce que quelqu’un vient de perdre la tête à l’écran : voilà une expérience de festival que je n’avais pas souvent vécue.

Et peut-être la meilleure manière de résumer Le Sabre des gardiens sans en révéler grand-chose.

C’est un film qui se vit.

Un grand spectacle populaire, généreux, excessif, parfois complètement fou, réalisé par un homme qui connaît intimement le cinéma d’arts martiaux puisqu’il contribue à en écrire l’histoire depuis plus d’un demi-siècle.

Cette projection d'Udine possédait d'ailleurs une saveur supplémentaire : le Far East Film Festival profitait de la présence de Yuen Woo-ping pour lui remettre son Golden Mulberry Award for Lifetime Achievement et célébrer l’ensemble de sa carrière.

D’Udine à Paris

Quelques mois après cette projection italienne mémorable, c’est maintenant au public français de découvrir Le Sabre des gardiens sur grand écran.

Le film connaît sa première française à l’occasion de la 32e édition de L’Étrange Festival, avec une première projection ce mardi 1er septembre dans la Salle 500 du Forum des images, avant une seconde séance le 9 septembre.

Et nous ne pouvons évidemment que vous recommander d’aller le voir dans les meilleures conditions possibles.

Parce que Le Sabre des gardiens appartient précisément à cette catégorie de films pour lesquels la taille de l’écran, la puissance du son et les réactions du public participent pleinement à l’expérience.

Espérons d’ailleurs que sa sortie française permettra également de le découvrir en IMAX. C’est Yuen Woo-ping himself qui m’a conseillé de voir son film dans ce format.

Difficile de ne pas écouter le maître.

Zhi Shi Lang (Sun Yizhou) dans Le Sabre des gardiens
Zhi Shi Lang (Sun Yizhou) dans Le Sabre des gardiens.
© 2026 Peace Film Production Co., Ltd. and Beijing Dengfeng International Culture Communication Co., Ltd. Tous droits réservés.

Le film sortira ensuite nationalement en France sous la bannière de Carlotta Films. Et il faut reconnaître que le distributeur semble avoir décidé de nous offrir cette année quelques-uns des morceaux les plus démesurés du cinéma populaire asiatique contemporain.

Après les tueries de S. S. Rajamouli, voici donc Yuen Woo-ping.

Deux univers très différents, mais une même croyance presque déraisonnable dans les possibilités du grand écran, dans le spectacle, dans le mouvement et dans cette capacité du cinéma populaire à provoquer des réactions collectives.

Miam. Miam.

Et ce n’est que le début.

À Udine, CinéFlamme a également eu l’occasion de retrouver Yuen Woo-ping pour un entretien exclusif, mais aussi d’assister à sa masterclass consacrée à son immense parcours.

Nous reviendrons donc très prochainement sur le maître lui-même, sur plus d’un demi-siècle de cinéma d’arts martiaux, sur Jet Li et Wu Jing, sur sa conception de l’action et sur la transmission de son art aux nouvelles générations.

À suivre prochainement sur CinéFlamme : notre entretien exclusif avec Yuen Woo-ping, accompagné d’extraits de sa masterclass au Far East Film Festival d’Udine.