Après la republication de mon entretien avec Stu Phillips, compositeur de la bande originale de Beyond the Valley of the Dolls, voici cette fois une autre archive directement liée au film de Russ Meyer : mon interview de Lynn Carey, la chanteuse dont la voix est indissociable du film… mais que les acheteurs du premier disque de la bande originale n’ont pourtant pas pu entendre dans les mêmes conditions.
Et petite précision chronologique importante : cet entretien avec Lynn Carey a en réalité été réalisé avant celui avec Stu Phillips. C’est même Lynn qui m’a ensuite donné le contact de Stu, ce qui m’a permis de poursuivre le sujet et de l’interviewer à son tour. L’échange avec Lynn avait, de mémoire, commencé par e-mail, mais la majeure partie de l’entretien s’est faite directement par téléphone, ce qui explique aussi son ton très spontané et vivant.
Une comédie musicale psychédélique, sexy et complètement débridée
Réalisé en 1970 par Russ Meyer pour la 20th Century Fox et coécrit avec Roger Ebert, Beyond the Valley of the Dolls — également connu en France sous les titres La Vallée des plaisirs et Hollywood Vixens — est difficile à enfermer dans une seule catégorie. C’est à la fois une satire d’Hollywood, un mélodrame, une comédie, un film d’exploitation, une œuvre psychédélique, sexy, outrancière et parfois très violente. Mais c’est aussi, à sa manière, une véritable comédie musicale rock, tant les chansons participent à son identité et à sa narration.
Le film suit notamment l’ascension d’un groupe féminin, les Carrie Nations, venu chercher le succès à Hollywood. Concerts, fêtes, excès, désillusions et dérives accompagnent progressivement les personnages dans un univers de plus en plus démesuré. Et plus de cinquante ans après, les morceaux du film restent incroyablement efficaces. Find It, Come with the Gentle People, Sweet Talkin’ Candyman, Look On Up at the Bottom ou encore Once I Had Love possèdent toujours cette énergie très particulière du rock, du blues et de la pop psychédélique de la fin des années 1960.
Au cœur de cette musique se trouve une voix impressionnante : celle de Lynn Carey.
Une vraie voix de lionne
Fille de l’acteur Macdonald Carey, Lynn grandit dans une famille où le cinéma, la musique et le spectacle sont omniprésents. Elle commence elle-même comme actrice, étudie à l’American Academy of Dramatic Arts et apparaît notamment au cinéma dans Lord Love a Duck, avant de se tourner progressivement vers la musique et l’écriture de chansons.
Sa voix ne correspond déjà à aucune petite case bien définie : rock, blues, jazz, scat, gospel… Lynn Carey absorbe tout et possède surtout une puissance vocale exceptionnelle, qui lui permettra quelques années plus tard de devenir la chanteuse de Mama Lion.
Le nom était particulièrement bien trouvé.
Avec Mama Lion, elle deviendra l’une des figures les plus étonnantes du rock américain du début des années 1970, notamment grâce à l’album Preserve Wildlife et à sa pochette restée célèbre — et largement censurée à l’époque — où elle pose avec un lionceau.
Mais avant Mama Lion, il y eut Russ Meyer.
Une bande originale à deux voix
Lorsque Stu Phillips cherche une chanteuse suffisamment puissante pour interpréter les morceaux des Carrie Nations dans Beyond the Valley of the Dolls, Lynn Carey lui est recommandée par ses managers. Elle chante alors sur l’album de C.K. Strong et Phillips comprend immédiatement qu’il a trouvé la voix qu’il cherche.
Carey interprète plusieurs chansons du film et en coécrit deux avec Stu Phillips, Find It et Once I Had Love.
Puis les choses se compliquent.
Pour des raisons contractuelles et juridiques, la Fox décide de ne pas utiliser Lynn Carey sur certaines chansons du 33-tours commercialisé en 1970. Une autre chanteuse est engagée au dernier moment pour reproduire ses parties vocales sur le disque.
En revanche, dans le film, c’est bien Lynn Carey que l’on entend.
Cette situation crée pendant des décennies une curieuse anomalie : les spectateurs découvrant les Carrie Nations au cinéma n’entendaient pas exactement les mêmes voix lorsqu’ils achetaient ensuite l’album officiel. Il faudra attendre plus de trente ans pour que les enregistrements originaux avec Lynn puissent enfin être réédités.
C’est précisément au moment où cette histoire recommençait à être mise en lumière que je l’ai interviewée.
Une nouvelle version de l’entretien
Cet entretien a été réalisé en août 2003. Une partie avait été exploitée à l’époque pour DVDRama, mais j’ai récemment remis la main sur la retranscription anglaise originale, beaucoup plus complète, de mon échange avec Lynn Carey.
Le document comportait plusieurs erreurs de transcription phonétique, des noms déformés et quelques passages difficiles à comprendre. J’ai donc repris l’ensemble à partir de cette source originale, corrigé les éléments qui pouvaient l’être et reconstruit certains passages grâce au contexte et aux informations biographiques disponibles.
La version que vous allez lire sur CinéFlamme est donc une nouvelle traduction française, plus fidèle, plus complète et plus précise que celle qui avait pu circuler autrefois.
Et elle permet surtout de retrouver toute la personnalité de Lynn Carey : drôle, spontanée, parfois provocatrice, passionnée de jazz comme de rock, amoureuse de Paris et toujours particulièrement fière de cette voix qui lui vaudra quelques années plus tard son surnom de Mama Lion.
Une enfance entourée de musique
Vous avez grandi dans une famille artistique. À quel moment avez-vous compris que vous possédiez une voix particulière ? Et quand avez-vous commencé à chanter et à écrire professionnellement ?
Je chante depuis que je suis toute petite. En plus de chanter seule, j’avais un groupe avec mes deux sœurs, Theresa et Lisa, et mes trois frères étaient eux aussi musiciens, donc musicalement la famille Carey ressemblait un peu à la famille Von Trapp ! Je ne me rendais pas compte que ma voix était particulière. Je chantais simplement parce que j’adorais ça. En revanche, à l’adolescence, j’ai commencé à comprendre qu’elle était puissante et extrêmement souple. Mon père et ma mère chantaient également, donc c’était probablement dans les gènes. Je suis devenue professionnelle à la fin de mon adolescence, lorsque j’ai formé le groupe C.K. Strong. Harold Robbins m’a donné mon premier chèque en tant qu’autrice-compositrice.
William Holden, Billie Holiday et les Beatles
Qui étaient vos idoles musicales ou cinématographiques lorsque vous étiez jeune ? Ont-elles influencé votre travail futur d’actrice ou de chanteuse ?
Mon père a énormément compté pour moi. Au départ, mes idoles appartenaient surtout à sa génération : William Holden, Richard Burton, James Stewart, etc. Mon père siégeait au conseil de la Screen Actors Guild et nous allions voir énormément de films étrangers, donc j’ai appris à apprécier de nombreux artistes européens autant, voire davantage, que certains artistes américains.
Musicalement, nous écoutions beaucoup de comédies musicales de Broadway et nous chantions et dansions sur les chansons. J’adorais West Side Story, Peter Pan, Annie Get Your Gun et les grands succès de Broadway de cette époque. Puis je suis tombée amoureuse du jazz. Le scat d’Ella Fitzgerald et le blues de Billie Holiday ont énormément influencé ma manière de chanter. J’écoutais surtout des instrumentistes comme Miles Davis et John Coltrane. Mes groupes de rock préférés étaient les Rolling Stones et les Beatles.
Du métier d’actrice à la musique
Vous avez commencé à travailler dans le show-business au milieu des années 1960, alors que vous étiez encore adolescente. Vous avez joué à la télévision et dans Lord Love a Duck. Comment cela s’est-il produit et pourquoi avez-vous finalement abandonné le métier d’actrice ?
J’étudiais à l’American Academy of Dramatic Arts à New York et, pendant mon absence, George Axelrod a vu une photographie de moi posée sur le piano chez mes parents. Il a décidé qu’il voulait me faire passer un essai pour Lord Love a Duck. Il m’a appréciée et j’ai obtenu le second rôle de Sally Grace dans le film.
Ensuite, j’ai trouvé un agent et j’ai commencé à passer des auditions. Cela marchait plutôt bien. J’ai notamment obtenu un rôle invité dans Run for Your Life. Mais les castings étaient très difficiles pour moi. J’ai compris que j’aurais davantage de liberté en écrivant et en chantant mes propres chansons dans mon propre groupe. J’avais écrit de la poésie toute ma vie, donc passer à l’écriture de chansons était finalement une évolution naturelle.
L’arrivée sur Beyond the Valley of the Dolls
Lorsque vous avez commencé à travailler sur Beyond the Valley of the Dolls, aviez-vous déjà enregistré des albums ? Qui vous a contactée pour la bande originale ?
Ce sont mes managers, Bob Fitzpatrick et Robert Stigwood, qui m’ont mise en contact avec Stu Phillips. Ils lui ont fait écouter mon travail sur l’album de C.K. Strong, qui était le seul véritable album que j’avais enregistré auparavant. Stu cherchait une chanteuse très puissante et il a aimé ce qu’il a entendu.
Une partie de l’accord prévoyait également que je coécrive deux chansons avec lui. Travailler avec Stu était extraordinaire. Les musiciens de studio ont été une véritable révélation pour moi. Stu et moi sommes restés amis depuis.
« Find It » : mariage, violence et tête coupée
Pouvez-vous nous parler de ce que raconte “Find It” ?
J’avais lu le scénario du film de Russ Meyer et je trouvais ça tellement violent ! Quand j’ai rencontré Stu Phillips, je n’arrêtais pas d’avoir ces images dans la tête : aller à un mariage vêtue de noir, avec la tête coupée… J’ai essayé de mettre dans cette chanson toute cette impression de massacre, toute cette violence.
Quand j’ai expliqué à mon père, Macdonald Carey, que j’étais en train d’écrire deux chansons pour un film avec des scènes lesbiennes et des massacres, il m’a regardée comme s’il pensait : « Oh mon Dieu, qu’est-ce qu’elle va encore faire maintenant ? » [Rires] J’ai écrit Find It en une dizaine de minutes. Tout est sorti d’un seul coup. La chanson correspondait à ma conception du mariage à cette époque de ma vie : pour moi, le mariage représentait la mort. Et particulièrement tel qu’il est présenté dans ce film.
Once I Had Love, la chanson sacrifiée
Et Once I Had Love est pratiquement l’opposé de cette chanson…
Oui. À l’origine, elle avait été écrite pour la scène d’amour lesbienne. Mais lorsque la production a récupéré la chanson principale interprétée par les Sandpipers, elle n’avait plus d’endroit où la placer dans le film. Ils l’ont donc utilisée à la place de ma chanson. En revanche, Once I Had Love a été conservée sur le disque de la bande originale.
Stu et moi travaillions très bien ensemble. Once I Had Love a demandé un peu plus de temps que Find It. L’enregistrement a duré deux ou trois jours et tout s’est déroulé très facilement grâce au professionnalisme de toutes les personnes impliquées. Stu me laissait une énorme liberté. C’était formidable de travailler avec lui.
Lors de la projection à L’Étrange Festival, j’ai pourtant remarqué qu’on entend encore une version instrumentale de Once I Had Love dans le film.
Oh ! Je ne pensais pas qu’ils l’avaient laissée dans le film !
Si, on l’entend un peu.
Tu as de meilleures oreilles que moi ! [Rires]
La chanson est même créditée au générique d’ouverture alors qu’on ne l’entend finalement pas chantée dans le film. Cela vous avait déçue ?
Bien sûr.
Rock, jazz, blues et scat
Les chansons de Beyond the Valley of the Dolls sont plutôt rock, mais vos influences semblent venir davantage du jazz et du blues. Comment définiriez-vous la musique que vous faisiez à cette époque ?
La musique que je faisais était du rock, mais elle était très fortement influencée par le blues et le jazz. J’utilisais souvent une forme de scat et j’échangeais musicalement des phrases avec les instrumentistes. Les maisons de disques classaient cette musique comme du rock, mais de nombreux critiques la décrivaient comme vous venez de le faire : très fortement influencée par le blues et le jazz.
La musique que je fais aujourd’hui reste finalement la même : rock, blues et jazz. Mes projets les plus récents ont été réalisés avec le pianiste et compositeur russe Fyodor Ivanov. Nous avons fait deux albums ensemble, l’un rock et l’autre latin jazz.
Découvrir Russ Meyer après coup
Connaissiez-vous les films précédents de Russ Meyer lorsque vous avez commencé à travailler sur Beyond the Valley of the Dolls ?
Non. Je ne connaissais pas ses films précédents. Je ne les ai réellement découverts que beaucoup plus tard. Je pense que Russ Meyer était extrêmement créatif dans son domaine, très drôle, et qu’il a même inventé certaines tendances que l’on retrouve aujourd’hui au cinéma.
Le film avait été classé X lors de sa sortie…
Aujourd’hui, il paraîtrait probablement extrêmement sage ! Lorsque je l’ai revu, je l’ai trouvé très drôle. Je veux dire, Russ pouvait être tellement absurde : il mettait des femmes nues qui traversaient une scène sans absolument aucune raison ! [Rires]
Une satire prophétique du show-business
Le film est également une satire du show-business. Comme vous aviez déjà travaillé à Hollywood, pensez-vous qu’il reflète une certaine réalité ?
Vous savez, le film était assez prophétique. Beaucoup de gens qui apparaissaient dedans ont ensuite vécu des situations assez proches de celles de leurs personnages. Comme je vous le disais, j’ai quitté Hollywood parce que je ne supportais plus les castings. Je ne supportais plus tout ce que ce milieu impliquait. À cette époque, j’ai trouvé énormément plus de liberté personnelle dans l’industrie musicale. Si seulement j’avais su ! [Rires]
Russ Meyer, un homme « très doux »
Vous aviez parlé de The Seven Minutes comme d’« un autre film bizarre » de Russ Meyer. Considérez-vous réellement ses films comme bizarres ?
Je plaisantais un peu lorsque j’ai dit ça. Je ne considère pas vraiment les films de Russ Meyer comme « bizarres ». Il a tout simplement créé son propre genre. Je l’ai rencontré grâce à Stu Phillips et je l’ai trouvé très doux.
Pourquoi la voix de Lynn Carey a disparu du disque
Pourquoi la 20th Century Fox a-t-elle engagé une autre chanteuse pour interpréter vos parties sur le premier album de la bande originale ? Votre voix a-t-elle également été remplacée dans le film ?
Tout d’abord, personne ne m’a remplacée dans le film. Ce que vous entendez dans le film, c’est bien ma voix, avec Barbara Robison pour certaines parties vocales d’accompagnement et deux duos.
En revanche, ils ont effectivement engagé une chanteuse possédant une voix proche de la mienne pour le disque. Cela a été très difficile pour moi. Stu se souvient qu’il y avait un conflit entre mon manager et la 20th Century Fox dont je n’étais absolument pas au courant. De mon côté, on m’avait expliqué qu’il existait un problème entre Epic Records et la 20th Century Fox, et qu’Epic refusait, pour une raison quelconque, que ma voix soit utilisée sur le disque.
Stu a finalement confié les bandes originales à Harkit Records et, à mon immense satisfaction, elles ont enfin pu être publiées.
Après Beyond the Valley of the Dolls
Le film et sa bande originale vous ont-ils rendue plus connue ?
Oui. Après Beyond the Valley of the Dolls, j’ai enregistré l’album Vacuum Cleaner. Ensuite, j’ai réalisé plusieurs démos qui sont finalement sorties sur mon CD Mama Lion Roars Back. Il y a des choses vraiment géniales dessus… si je peux me permettre de dire ça moi-même ! [Rires] En toute modestie, bien sûr.
Sur ces démos, nous avions notamment repris Gimme Some Lovin’ du Spencer Davis Group. Artie Ripp l’a entendu et a adoré, mais il a décidé qu’il fallait tout refaire. Les producteurs… ils veulent toujours tout faire à leur manière ! Et ensuite, je suis devenue Mama Lion.
Mama Lion et la pochette scandaleuse
Parlez-nous de la pochette de Preserve Wildlife, le premier album de Mama Lion.
C’était une idée de Neil Merryweather, le bassiste du groupe. Il voulait que je pose avec un bébé lion. J’avais peur ! Je pensais que j’allais me faire dévorer ! [Rires] Mais le lionceau n’avait que trois semaines. Il était absolument adorable.
Il essayait vraiment de téter, mais évidemment il n’obtenait rien ! [Rires] Et apparemment, après ça, il n’aimait plus que les femmes.
Quelles ont été les conséquences de cette pochette ?
Elle a fait scandale. J’étais moi-même assez scandaleuse à cette époque ! [Rires] La pochette a été censurée dans beaucoup d’endroits.
Même dans certains pays étrangers ?
Oh oui. Dans certains pays — je crois notamment en Suède — ils ont littéralement collé la pochette pour empêcher les gens de voir la photographie ! [Rires] Je n’en revenais pas. Et ailleurs, ils ont caché mon visage mais laissé mon sein visible. C’était plutôt… sexy ! [Rires]
Mama Lion Roars Back
Parlez-nous de votre nouvel album Mama Lion Roars Back.
Il est principalement influencé par le blues, mais également par le jazz. J’ai fait beaucoup de latin jazz et beaucoup de rock avec mon deuxième mari, et cette musique était très influencée par sa culture. Mon deuxième mari était un Gitan russe. Enfin, il l’est toujours ! [Rires]
C’est un pianiste absolument extraordinaire, l’un des meilleurs que j’aie jamais entendus. Si vous mélangez Chick Corea et Rachmaninov, vous obtenez mon mari ! [Rires] Il y a neuf morceaux inédits de Mama Lion sur Mama Lion Roars Back.
Pourquoi n’avaient-ils jamais été publiés auparavant ?
Parce qu’Artie Ripp ne les avait pas produits ! [Rires] Vous savez, chaque producteur veut travailler à sa manière. C’est quelqu’un de très sympathique et je lui ai reparlé récemment. Il travaille maintenant dans le cinéma. Je n’ai rien contre aucune des personnes avec lesquelles j’ai travaillé. D’ailleurs, j’ai également parlé à Neil Merryweather il y a quelques semaines.
Une vie entre rock, blues et jazz
Comment votre musique a-t-elle évolué au fil des années ?
J’ai toujours aimé le rock’n’roll et j’en fais encore. D’ailleurs, je dois donner un concert le 23 octobre avec Ace Farren Ford et son groupe pour m’accompagner. Nous allons jouer toutes les chansons de Beyond the Valley of the Dolls, mais aussi celles de The Seven Minutes, y compris des morceaux qui n’ont finalement pas été utilisés dans le film, ainsi que des chansons provenant de mes propres albums.
Ma musique a réellement commencé avec le blues. En réalité, lorsque j’étais enfant, j’ai d’abord commencé par chanter du jazz. J’adorais ça. J’allais dans les clubs de jazz à Hollywood écouter John Coltrane, Miles Davis et tous ces musiciens extraordinaires. J’écoutais également Little Richard et James Brown, et j’allais dans des églises noires pour chanter dans les chorales.
Paris, l’Europe et ses « cinquante amoureux »
Pourquoi est-il aussi difficile de trouver vos albums en dehors des États-Unis ?
C’est difficile de les trouver ici aussi ! C’est pour ça que beaucoup de gens me les achètent directement.
J’aimerais pouvoir sortir les albums que j’ai enregistrés avec mon ex-mari, le Gitan. Nous en avons réalisé deux : un album rock et un album latin jazz. L’un d’eux s’appelle Fifty Lovers. J’écris sur ce que je connais ! [Rires]
Ma sœur dit que, dans ma vie sentimentale, j’ai eu une sorte de mini-ONU ! [Rires]
Elle dit la vérité ?
Oui ! J’ai connu un Français que j’aimais beaucoup, mon ex-mari était un Gitan russe, puis il y a eu un peintre anglais, un peintre russe, un Italien… Très peu d’Américains ! [Rires]
Visuellement, je préfère largement l’Europe aux États-Unis. Il y a énormément de bonne musique ici, mais l’architecture de Los Angeles est affreuse. Tout est plat.
J’adore Paris. J’adore la lumière de Paris, elle est très douce. J’adore les musées. J’adore marcher dans les rues, sortir le matin acheter du pain frais. J’adore ça.
« J’adore parler aux gens »
Quand êtes-vous venue à Paris pour la dernière fois ?
La dernière fois, j’étais avec un ami français et nous avons logé dans le 18e arrondissement. J’ai rencontré quelqu’un qui travaillait pour un label français, mais malheureusement rien n’en est sorti.
J’ai passé le reste du temps au Louvre, dans les musées, et à marcher partout. J’adore ça. Je rencontre des gens dans la rue et je leur parle. J’adore parler aux gens.
Quand avez-vous donné votre dernier concert en France ?
J’ai joué à l’Olympia et sur la Côte d’Azur au début des années 1970. Je suis revenue au milieu des années 1970, même si je crois que j’ai surtout joué en Allemagne à cette époque. J’ai également donné un concert en Russie l’année dernière. Je vais assez souvent en Russie. J’adore cet endroit.
« Quand vas-tu enfin jouer de la vraie musique ? »
Dans Beyond the Valley of the Dolls, l’ancienne génération semble ne pas comprendre les jeunes qui aiment le rock’n’roll. Qu’en pensait votre père ?
Mes parents me disaient : « Quand vas-tu enfin jouer de la vraie musique ? » [Rires]
Toute l’histoire de Mama Lion a un peu choqué mon père, mais il m’a toujours soutenue. Mon père m’a soutenue dans absolument tout ce que j’ai fait. Il est venu à presque tous les concerts que j’ai donnés. Il était merveilleux avec moi.
Il m’a appris énormément de choses sur la musique et l’art. Lorsque j’étais enfant, il me faisait écouter des disques en langues étrangères parce qu’il estimait que je devais apprendre d’autres langues que l’anglais. Il m’a fait apprendre le français, l’italien et l’espagnol. Et il me faisait écouter toutes sortes de jazz et de chansons de Broadway.
Lorsque j’avais quatorze ans, je sortais en cachette pour aller dans les clubs de jazz. Quand il a découvert que je passais par la fenêtre et descendais de l’arbre pour sortir, il m’a simplement dit : « Lynn, la prochaine fois je t’emmène ! » [Rires]
C’était parce que vous étiez l’aînée de ses enfants ?
Oui. Tous mes frères et sœurs chantent et jouent du piano.
Professionnellement ?
Non, seulement moi. Ils chantent notamment du barbershop.
Les projets de 2003
Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
J’aimerais terminer l’album que j’avais commencé avec mon mari. Je voudrais sortir l’album de latin jazz et terminer l’album rock. Je travaille actuellement sur quelques chansons, principalement des ballades.
Mon ami Ace Farren Ford va également m’aider. Il est très connu au Japon et très important dans la scène underground ici.
Le retour des années 1960 et 1970
Que pensez-vous du revival des années 1960 et 1970 ? J’ai posé la même question à Stu Phillips. Il existe beaucoup de compilations et même les vêtements des années 1970 reviennent à la mode.
C’est formidable ! Tout ça revient à la mode. Vous savez, je n’ai jamais jeté mes chaussures de cette époque. J’ai encore certains vêtements et certains costumes des années 1970 ! [Rires]
Pour la musique, je pense que c’est intéressant lorsque les gens font réellement quelque chose d’expérimental avec ces influences au lieu de simplement les recycler.
Pensez-vous que ce revival signifie que les gens manquent de nouvelles idées et préfèrent recycler le passé ?
Je ne sais pas. Il ne semble effectivement pas y avoir énormément de choses véritablement nouvelles, à l’exception de certaines musiques réellement expérimentales.
Ce qu’elle écoutait en 2003
Qu’écoutez-vous en ce moment ?
J’écoute toutes sortes de choses : Dr. John, Billie Holiday, de la musique classique… Rachmaninov, Tableaux d’une exposition de Moussorgski… J’adore les compositeurs romantiques, particulièrement Chopin.
Et quels films ou réalisateurs appréciez-vous ?
J’aime David Lynch et je regarde beaucoup Sundance Channel. J’aime le cinéma indépendant et les films étrangers. J’ai toujours aimé ça. Mon père m’a élevée avec les films étrangers : cinéma français, cinéma britannique… J’ai même lu tous les auteurs existentialistes français ! [Rires]
J’espère pouvoir revenir à Paris. Peut-être que je participerai bientôt à un festival de blues en Italie. Ce n’est pas encore certain. Cela pourrait avoir lieu cette année ou être repoussé à l’année prochaine.
Redécouvrir le film avec son public
Comment s’est passée la récente projection de Beyond the Valley of the Dolls au Nuart Theatre ?
La projection a été un immense succès. C’était seulement la deuxième fois que je voyais le film dans une salle de cinéma. La copie était très bonne et cela a été une sorte de révélation parce que j’ai découvert beaucoup de choses que je n’avais jamais remarquées auparavant.
Les spectateurs chantaient avec beaucoup de chansons et connaissaient même certaines répliques par cœur. C’était également formidable de revoir « Z-Man » après autant d’années. Tout le monde a adoré.
Nous avons organisé une séance de questions-réponses après la projection, signé des photographies et des CD et pris des photos avec les fans. J’ai trouvé le film hilarant. Russ avait fait un travail fantastique. Et la musique de Stu, comme toujours, était incroyable.
Merci beaucoup et bonne nuit.
Merci. J’espère que vous passerez un excellent moment au festival. J’aurais aimé pouvoir être là. La prochaine fois, prévenez-moi suffisamment longtemps à l’avance… et je prends l’avion !
Interview : Frédéric Ambroisine
Août 2003
Entretien commencé par e-mail puis réalisé majoritairement par téléphone, en anglais. Nouvelle traduction française pour CinéFlamme, 2026.
Cette version a été reconstruite et retraduite à partir de la retranscription anglaise originale retrouvée dans mes archives. Elle est plus complète que les versions précédemment publiées et bénéficie de plusieurs corrections de noms et de passages dont la transcription originale était incertaine.

